Parfois je fais des rêves, je rêve d'un autre monde, d'un autre moi, d'un moi plus raisonnable, d'un moi moins discutable.
C'est dur la jeunesse, sans doute pas la pire des périodes, quoique, m'enfin tout de même.
Parfois je m'envole ... j'aime bien m'envoler.
Voler plus haut, toujours plus haut. Voler dans le monde où il y a des gens, des humains, des personnes, vous, toi, il, elle, mais pas moi.
Je ne m'envole jamais très longtemps, deux ou trois jours, une semaine tout au plus. Le temps d'un petit planer, le temps d'un avant goût d'aperçu de ce que vivent « les autres ». Ça a l'air bien, de loin. Tellement bien que ça en vient à me manquer, quand je n'ai pas volé depuis un certain temps. Quand vient ce moment, je cherche toutes les opportunités possibles imaginables pour m'envoler, une piste de décollage abandonnée, un joint mal allumé ...
Alors j'accroche mon barda, et je saute, je cours, j'éclate, je me disperse, me contient, m'éparpille au vent, au gré des marées, au bon vouloir de certains qui le voudront, qui m'attendront, qui m'aideront à reprendre ma forme initiale.
Mais finalement, seul le décollage m'intéresse, l'extase n'est pas d'arriver en haut, mais juste d'aller vers le haut. Logiquement une fois en haut ça parait moins top. Et du coup, je m'échappe, me capture, me réchappe ...
Pour finalement ratterrir, brutalement, toujours brutalement, suite à un ci, suite à un ça, suite à un moi, bête, méchant, violent, inutile ...
Tout ça pour dire que finalement, je n'ai pas beaucoup changé. J'ai le même intérieur qu'il y a 5ans, le même que dans 5ans, les ravalements de façade n'y font pas, les ouvriers ne veulent pas rentrer, peut-être ont-ils peur de ce qu'ils pourraient trouver.
Si un jour vous me cherchez, descendez, moi j'en ai marre de monter.